L’application dPEI Pocket est une solution innovante conçu pour faciliter la diffusion et l’appropriation des recommandations, souvent volumineuses et complexes, par les professionnels de santé. Son objectif : proposer un outil pratique, immédiatement utilisable au quotidien, et soutenir une démarche scientifique fondée sur des données validées. Le score dPEI permet de prédire la complexité chirurgicale de la maladie, indépendamment de l’intensité des symptômes. Il est particulièrement utile pour anticiper les risques opératoires, la durée de la chirurgie et de l’hospitalisation et ainsi améliorer la communication avec les patientes, mieux les informer et orienter celles nécessitant une prise en charge dans des centres experts. En pratique, un score ≥ 3 justifie une orientation vers un centre de recours spécialisé.

Retrouvez ici l’interview du Pr Isabelle Thomassin-Naggara, radiologue et cheffe de service d’imagerie à l’hôpital Tenon AP-HP, qui revient sur la naissance de cette application et son double bénéfice, à la fois pour les professionnels de santé et pour les patientes.

Je suis le Professeur Isabelle Thomassin-Naggara, radiologue. Je travaille à l’hôpital Tenon (AP-HP) et à Sorbonne Université, où je suis cheffe du service d’imagerie diagnostique et radiologique interventionnelle et spécialisée, appelé IRIS.

Je suis interviewée aujourd’hui car j’ai également été présidente de la Société d’Imagerie de la Femme (SIFEM). Durant ce mandat, un travail majeur a été mené autour de la standardisation des examens d’imagerie pour le diagnostic de l’endométriose.

Ce travail est né d’une saisine de la Direction Générale de l’Offre de Soins (DGOS) du ministère chargé de la Santé, adressée au Conseil National Professionnel (CNP) de radiologie et imagerie médicale et au CNGOF. À la suite de cette saisine, des recommandations de pratique ont été élaborées, puis labellisées par la Haute Autorité de Santé (HAS).

Ces recommandations portent à la fois sur la pratique de l’échographie, sur le protocole  ainsi que le compte rendu d’IRM. C’est l’ensemble de cette démarche, et de cette genèse, qui a conduit à la création de l’application Deep Pelvic Endometriosis Index (dPEI), directement issue des recommandations rédigées par la SIFEM et le CNGOF et validées par la HAS.

Lorsque l’on rédige des recommandations, notamment en IRM, il s’agit souvent de documents longs et très détaillés, pouvant atteindre 60 à 70 pages. Or, les professionnels de santé ont des emplois du temps très chargés et n’ont pas toujours la possibilité de les lire intégralement, même si ces recommandations sont conçues pour être très pratico-pratiques.

L’objectif de ces recommandations est pourtant clair : aider à protocoler correctement les examens, à reconnaître les lésions et à les décrire de façon standardisée. Elles sont donc extrêmement utiles, notamment pour les radiologues.

Nous savons par expérience que, sans outils numériques, la diffusion et l’appropriation de ces recommandations prennent beaucoup plus de temps. L’application dPEI Pocket a donc été créée pour faciliter leur diffusion, mais aussi pour promouvoir la recherche multicentrique française qui a précédé leur rédaction.

En effet, une grande étude multicentrique avait été menée pour valider le score dPEI, un score spécifiquement dédié à l’IRM, permettant de prédire la complexité de la maladie. Cette complexité n’est pas corrélée à l’intensité des symptômes, mais elle est déterminante lorsque l’on dépasse le traitement médical et que l’on envisage une prise en charge chirurgicale.

Le score dPEI permet alors d’anticiper :

  • le risque de complications chirurgicales,
  • la durée de l’intervention,
  • la durée d’hospitalisation.

Ces éléments sont essentiels pour informer les patientes en amont, mais aussi pour aider à l’orientation des patientes au sein des filières de soins.

Le score a donc un double intérêt :

  • améliorer la communication entre radiologues et chirurgiens,
  • mieux informer les patientes et contribuer à une décision partagée.

Oui, il existe des recommandations de compte rendu type en échographie, à la fois de première ligne et de deuxième ligne.

L’objectif était de ne pas alourdir inutilement les comptes rendus. Nous savons qu’un compte rendu d’échographie diagnostique ne peut pas raisonnablement faire plusieurs pages.

  • L’échographie de première ligne est destinée au diagnostic précoce. Elle se concentre sur la description des différentes atteintes possibles.
  • L’échographie de deuxième ligne est plus détaillée et inclut l’ensemble des critères nécessaires à une évaluation préopératoire.

Dans les recommandations HAS, on retrouve :

  • les comptes rendus types en échographie et en IRM (première et deuxième ligne),
  • mais aussi un formulaire d’information destiné aux patientes.

Ce document d’information est très utile, car il répond aux questions de « savoir-être » : comment va se dérouler l’examen, à quoi s’attendre, la possibilité d’être accompagnée, etc. Cela permet aux patientes d’être mieux préparées sans surprises.

Dans notre service, ce document est systématiquement remis aux patientes avant une échographie endovaginale. Il ne s’agit pas d’un consentement, mais bien d’une fiche d’information, validée par la HAS. Nous la faisons signer et nous la conservons, car l’expérience montre qu’il est important de pouvoir démontrer que l’information a été délivrée de manière claire et appropriée.

Les seuils sont définis à partir de la validation initiale du score dPEI, qui repose en grande partie sur les atteintes latérales, notamment nerveuses, responsables de la difficulté chirurgicale. Le score va de 1 à 5.

  • Les scores 1 et 2, qui représentent la majorité des cas, correspondent à une absence ou à une faible atteinte latérale.
  • À partir du score 3, il est recommandé d’orienter les patientes vers des centres de troisième recours, spécialisés dans la prise en charge chirurgicale des formes complexes.

Comment fonctionne l’application dPEI Pocket ?

Il s’agit d’une application gratuite, accessible en ligne, disponible sur iOS, Android (Play Store) et via une version web.

L’application est disponible en français et en anglais.
Dans la partie française, plusieurs onglets sont proposés :

  • Un premier onglet rappelle les généralités, issues de l’introduction des recommandations HAS.
  • Un onglet donne accès aux ressources bibliographiques, en libre accès. Ces ressources incluent notamment les recommandations européennes, que nous avons co-coordonnées avec Pascal Rousset. Elles sont parfaitement alignées avec les recommandations françaises, ce qui est assez unique.

L’application permet ensuite de calculer le score dPEI de manière interactive. L’utilisateur sélectionne, à l’aide de schémas :

  • les atteintes superficielles,
  • les atteintes annexielles (ovariennes et tubaires, à droite et à gauche),
  • puis les atteintes profondes.

Pour simplifier, le pelvis est divisé en 9 compartiments, auxquels s’ajoute un compartiment extra-pelvien. En cliquant sur chaque compartiment, l’utilisateur accède à une page détaillant toutes les localisations possibles.

Chaque localisation est accompagnée :

  • d’une définition claire,
  • de critères diagnostiques validés scientifiquement,
  • et d’une vidéo éducative, en français ou en anglais.

Une fois toutes les données renseignées, l’application calcule automatiquement le score dPEI, validé sur plusieurs cohortes multicentriques. Ce score aide à planifier le geste opératoire et à orienter les patientes vers des centres experts.

L’intérêt varie selon le professionnel. Pour moi, en tant que radiologue, le temps d’échange avec les patientes est souvent limité. Pourtant, elles attendent des explications claires sur leur diagnostic. L’application, grâce à ses schémas visuels, facilite énormément la compréhension et rend l’échange plus efficace et plus éclairant.

Pour les chirurgiens, l’intérêt est de mieux comprendre ce que le radiologue décrit. La standardisation du vocabulaire permet un alignement entre l’imagerie et la chirurgie, malgré des perceptions différentes des lésions.

Lors de la consultation, le chirurgien dispose également d’outils pour informer la patiente sur :

  • la durée estimée de la chirurgie,
  • la durée d’hospitalisation,
  • les risques de complications, qui augmentent de façon quasi linéaire avec le score.

Ces éléments sont essentiels pour permettre aux patientes d’organiser leur vie personnelle et professionnelle et de participer pleinement à la décision thérapeutique.

L’application offre une cartographie visuelle simple et compréhensible de l’atteinte pelvienne. Les patientes ont souvent du mal à interpréter les comptes rendus médicaux; les schémas permettent une compréhension immédiate.

L’endométriose étant une pathologie bénigne, la décision thérapeutique doit être partagée. La compréhension de la maladie est donc indispensable pour permettre aux patientes de prendre une décision éclairée, en tenant compte de la qualité de vie, des symptômes et, le cas échéant, des enjeux de fertilité.

La filière est l’espace idéal pour diffuser cet outil. Elle réunit l’ensemble des professionnels impliqués dans le diagnostic et la prise en charge : radiologues, chirurgiens, praticiens de première ligne.

Même sans utiliser le score IRM, l’application peut être utilisée pour cartographier les lésions en échographie, favorisant la compréhension et l’orientation. Une étude de validation du score en échographie est d’ailleurs en cours.

La filière permet également :

  • de sensibiliser les patientes,
  • d’améliorer l’orientation vers les centres experts,
  • de développer des études multicentriques standardisées, issues de la pratique clinique quotidienne.

Enfin, elle joue un rôle clé dans la diffusion de l’application auprès des professionnels de ville, afin d’harmoniser les pratiques selon les recommandations HAS.